LES PAYSANS DU LOT
Les paysans du Lot sont des bioculteurs
Ils sentent le mazout pas la bouse de vache
Ils prennent la radio du haut de leur tracteur
Ils ne font plus chabrot et n'ont plus de moustache.
Ils ont cassé les roues des énormes charettes
Qui creusaient des sillons entre les pâquerettes
Et faisaient éclater les pierres des chemins
Formidables montagnes de moissons et de foin
Tirées par des boeufs roux pleins de bave à la bouche
Silencieux et puissants les yeux couverts de mouches
Ils ont vendu le joug à un vague antiquaire
Qui l'a fait équiper en riche lampadaire
Pour rendre plus rustique le salon d'un notaire
Ils ont éteint le feu des grandes cheminées
Où craquaient les châtaignes le soir à la veillée
Où les vieilles cassées arrangeaient les tisons
En radotant un peu en parlant des moutons L
Ils ont chassé le chien au regard fataliste
Et le chat qui grillait le bout de sa queue triste
En venant se chauffer aux braises étalées
Les enfants ne vont plus s'asseoir sur la salière
Près des marmites noires pendues aux crémaillères
Avant de se glisser dans les grands lits glacés
Sous l'édredon pesant au ventre rebondi
Sous un christ poussiéreux orné de buis béni
Ils ont vendu les bancs taillés à même l'arbre
Venus d'un chêne épais aussi dur que le marbre
Vendu aux gens du Nord les imposantes tables
Habituées aux jurons et aux poings formidables
Lourdes comme l'autel de l'église endormie
Crasseuses de sueur des bras endoloris
Où le tiroir du bout cachait le pain rassis
Qu'on sortait à quatre heures pour goûter le jambon
Quelques petits confits ou les derniers gratons
Ils ont vendu tout ça avec le grand buffet
Quand les vieux sont partis derrière les cyprès.
Ils ont cassé l'estrade, les tables de l'école
Et le vieux tableau noir et la lampe à pétrole
Jeté dans les orties l'encrier de porcelaine
Et la carte muette des possessions indiennes
Les petits pots de colle au goût d'amande douce
Les papillons séchés sur leur cercueil de mousse
Ils ont brisé aussi mon bureau d'écolier
Celui qui était seul tout là bas bien au fond
Où j'avais mis longtemps à graver nos prénoms
Et tant qu'ils y étaient ils ont sans le savoir
Fait mourir des enfants en petit tablier noir
Ils ont tué aussi avec ses bonnes joues
Le petit Marcellou, le petit Marcellou.
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